Un an de sécheresse remarquable !

Situation au 10 juillet 2017

Après un printemps 2017 (mars à mai) avec des totaux pluviométriques largement inférieurs aux valeurs normales, le mois de juin a encore connu un déficit de précipitations général dans le pays. Seuls quelques orages, en début ou en fin de mois, ont donné lieu très localement à des cumuls supérieurs aux normales. Cette situation renforce les faibles cumuls observés dans notre pays depuis juillet 2016. Depuis ce moment, le déficit pluviométrique s’explique principalement par un temps dans nos régions qui fut généralement calme et souvent influencé par des zones de hautes pressions.

Signalons ici que les valeurs normales données dans le texte se réfèrent aux moyennes calculées sur la période de référence de 30 ans entre 1981 et 2010.

 

Observations à Uccle

A la station de référence d’Uccle, après un printemps largement déficitaire en précipitations (on a mesuré à peine 60% de la normale saisonnière), le mois de juin a également été caractérisé par un cumul de pluie inférieur à la normale (50,8 mm, soit 71% de la normale). Il n’a pas plu entre le 10 et le 23. Juin s’inscrit donc dans une longue période de mois presque tous déficitaires en eau, remontant jusqu’à juillet 2016. Depuis cette date, à Uccle, tous les mois ont été plus secs que la normale, à l’exception du mois de novembre 2016 (voir figure 1). Le total des précipitations tombées ces douze derniers mois se chiffre seulement à 557,5 mm ; ce n’est que 65% de la normale (852,4 mm).

 

Figure 1 : Les précipitations mensuelles à Uccle de janvier 2015 à juin 2017, exprimées en % des valeurs mensuelles normales.

Il faut signaler que la sécheresse en cours fait suite à un premier semestre 2016 particulièrement pluvieux dans le pays (voir figure 1). A Bruxelles-Uccle, ce fut d’ailleurs le premier semestre le plus arrosé depuis le début des relevés en 1833. On observe également sur la figure 1, la sécheresse relative qui a touché Uccle durant une grande partie de l’année 2015.

 

Observations dans le pays

Les faibles cumuls pluviométriques relevés à Uccle depuis plusieurs mois sont également observés dans le reste du pays, mais à des intensités qui varient géographiquement. De manière similaire à la figure 1, mais en moyenne pour la Belgique, la figure 2 donne les anomalies de précipitations mensuelles depuis janvier 2015. En comparant les deux figures, on remarque que l’évolution relative des anomalies de précipitations mensuelles est assez similaire pour la station de référence d’Uccle et pour l’ensemble du pays, même si les valeurs d’anomalies diffèrent.

 

Figure 2 : Les précipitations mensuelles moyennées sur la Belgique de janvier 2015 à juin 2017, exprimées en % des valeurs mensuelles normales.

Examinons maintenant géographiquement la répartition spatiale de la sécheresse. La figure 3 donne les cumuls observés dans le pays sur les 12 derniers mois. Ils varient localement selon la région entre 400 mm et 1000 mm. Ces cumuls sont souvent largement inférieurs aux valeurs normales des cumuls sur les 12 mois. Ceux-ci varient entre 700 mm et 1450 mm (voir figure 4).

 

Figure 3 (à gauche): Les précipitations cumulées entre juillet 2016 et juin 2017 (en mm). Figure 4 (à droite) : Les valeurs normales des précipitations cumulées entre juillet et juin (en mm).

La figure 5 donne les cumuls observés sur les 12 derniers mois, mais exprimés cette fois en % des cumuls normaux. Comme la figure l’indique, le déficit relatif est plus particulièrement marqué dans certaines régions, dont en particulier le sud de la province de Luxembourg et une partie de la Botte du Hainaut où les totaux de précipitations se situent seulement entre 45% et 55% des normales. En revanche, sur l’ouest et le nord du pays, les déficits sont moins importants, la pluviométrie cumulée y atteignant même en certains endroits jusqu’à environ 80% des normales.

 

Figure 5 : Les précipitations cumulées entre juillet 2016 et juin 2017, exprimées en % des cumuls normaux.

Indice de sécheresse pour les trois derniers mois

Examinons maintenant l’intensité de la sécheresse sur une période plus courte, entre avril et juin 2017. Pour illustrer la sévérité de la sécheresse sur cette période, on peut utiliser un indice de sécheresse. L’indice retenu actuellement par l’IRM est l’indice de précipitations normalisé (SPI) qui caractérise simplement une sécheresse sur base des observations de précipitations. De manière pratique, l’indice compare les précipitations cumulées sur une durée de 3 mois (SPI-3) d’une manière standardisée par rapport à une climatologie de référence (1981–2010). Il permet d'estimer des classes “sec/humide”, “très sec/humide” et “extrêmement sec/humide” qui correspondent respectivement à des périodes de retour de 10 à 30 ans, de 30 à 50 ans et de plus de 50 ans.

 

La figure 6 donne la répartition spatiale de l’indice de sécheresse (SPI-3) pour la période d’avril à juin 2017. Sur cette période récente, on remarque que la sécheresse a été la plus sévère dans presque l’entièreté de la moitié ouest du pays et dans certaines régions de la moitié est.

 

Figure 6 : Répartition spatiale de l’indice de sécheresse SPI-3 pour la période d’avril à juin 2017 (carte réalisée avec les données disponibles au 1er juillet).

Signalons que dorénavant, sur le site web de l’IRM, une carte de l’indice de sécheresse SPI-3 sera intégrée dans le fichier pdf disponible avec le texte des bilans climatologiques mensuels. La carte présentée à la figure 6 se retrouve dans le bilan de juin 2017.
De plus, prochainement, un suivi quotidien de cet indice de sécheresse, en tenant compte des prévisions des précipitations à 10 jours, sera également proposé sur le site de l’IRM.

 

La sécheresse va-t-elle continuer ?

En ce début juillet, des pluies généralement relativement faibles ont touché le pays. Localement, cependant, les précipitations ont pu être plus intenses et abondantes lors du passage d’orages, comme ce lundi. Durant le reste de la semaine, des pluies devraient encore tomber dans plusieurs régions du pays. Dans la nuit de mardi à mercredi et durant la journée de mercredi, des précipitations relativement régulières pourraient donner lieu à des cumuls pluviométriques importants, en particulier dans le nord du pays.

Le retour graduel d’une haute pression dans les parages de notre pays induira vers la fin du mois une tendance à un temps à nouveau plus sec, accompagné d'une remontée des températures au-dessus des normales. A plus long terme, les modèles de prévisions saisonnières suggèrent, en moyenne sur les trois prochains mois, une période plus chaude et plus sèche que les normales. Il faut toutefois souligner que les prévisions saisonnières dans nos régions sont à prendre avec toute la prudence qui s’impose, en particulier pour les précipitations.

En conclusion, rien n’indique encore aujourd’hui que les déficits pluviométriques accumulés au cours des derniers mois pourront être comblés relativement rapidement.

 

La sécheresse 2016-2017 : les archives