Résumé climatologique de l'année 2011

Avertissement : depuis le bilan annuel 2010, les « normales » des paramètres reprises dans le texte, le tableau et les figures sont les moyennes de ces paramètres calculées sur la période 1981–2010. Cette période de 30 ans est choisie comme nouvelle période de référence pour déterminer les normales à la station d’Uccle. Dans le texte et le tableau, les degrés d’anormalité des paramètres sont également définis d’après les données récoltées sur la période 1981-2010. Par contre, les valeurs particulièrement remarquables des paramètres atteintes au cours de l’année sont discutées dans un contexte plus large, en considérant l’ensemble des relevés depuis le début des observations à Bruxelles-Uccle au 19e siècle.

 

L’année la plus chaude à Bruxelles-Uccle depuis 1833

Après une année 2010 relativement « froide », 2011 restera dans les annales comme l’année la plus chaude à Bruxelles-Uccle depuis que l’on y a commencé des observations météorologiques régulières en 1833. La température moyenne annuelle a atteint 11,6°C, soit 1,1°C au-dessus de la normale (10,5°C) et 0,1°C au-dessus du précédent record qui datait de 2007 et 0,2°C au-dessus de la valeur de 2006.

Comme le montre la Figure 1, les températures moyennes mensuelles en 2011 furent toutes supérieures normales mensuelles, à l’exception des mois de juillet et d’août. Il est intéressant de remarquer que le record annuel a été établi alors que la température moyenne de l’été est restée inférieure à la normale estivale. Les températures moyennes de l’« hiver »¹ , du printemps et de l’automne furent respectivement supérieures de 1,5°C, 2,1°C et 1,5°C aux normales saisonnières, alors que la température estivale fut inférieure de 0,8°C à la normale.

 

Figure 1. La courbe en rose donne les températures moyennes mensuelles observées en 2011 à Uccle (en °C). La courbe en rouge donne les normales mensuelles. Les valeurs mensuelles les plus élevées et les plus basses observées à Bruxelles-Uccle depuis 1833 sont données par les extrémités des rectangles bleus verticaux (les années record sont indiquées).

¹ L’hiver est défini ici comme la période des trois mois les plus froids de l’année civile (janvier, février et décembre).

 

 

Si l’on examine l’évolution séculaire de la température à Bruxelles-Uccle (cf. Figure 2), on distingue clairement que les dix années les plus chaudes depuis 1833 se sont produites après 1988. La moyenne des températures annuelles depuis 1988 est de 10,8°C, soit 2,0°C de plus que la moyenne sur la période 1833-1910, c’est-à-dire avant le premier réchauffement significatif observé à Bruxelles-Uccle.

 

Figure 2. Les températures moyennes annuelles à Bruxelles-Uccle, entre 1833 et 2011 (en °C). Les droites horizontales rouges donnent les valeurs moyennes sur trois périodes considérées comme relativement « stables » au niveau des températures (au cours de chaque période, les températures fluctuent autour de la ligne rouge).

Le tableau 1 résume les valeurs annuelles atteintes à Uccle en 2011 pour un ensemble de paramètres climatologiques. En comparant ces valeurs avec les normales, outre la valeur « très exceptionnelle »² de la température moyenne, on remarque que 2011 se distingue principalement par une température maximale moyenne également très exceptionnellement élevée, une l’humidité relative exceptionnellement basse et une durée d’insolation très anormalement élevée. La valeur la plus élevée des températures maximales relevées tout au long de l’année présente également une valeur très anormalement élevée.

 

Tableau 1. Valeurs pour l’année 2011 et normales annuelles sur la période 1981-2010 pour différents paramètres climatologiques mesurés à Uccle (ou dans le pays, pour les jours d’orages). La colonne « Car » (= Caractéristiques statistiques) donne le degré d’anormalité du paramètre en 2011, exprimé en périodes de retour moyennes (cf. définitions dans le tableau 2).

 

Paramètre 2011 Normales Caractéristiques statistiques
Pression moyenne de l’air (au niveau de la mer) (hPa) 1017,1 1016,0 a+
Vitesse moyenne du vent (m/s) 3,5 3,4 n
Durée d’ensoleillement (h) 1781,9 1545 ta+
Température moyenne (°C) 11,6 10,5 te+
Température maximale moyenne (°C) 15,8 14,2 te+
Température minimale moyenne (°C) 7,6 6,9 a+
Température maximale absolue (°C) 34,2 32,4 ta+
Température minimale absolue (°C) -5,5 -8,4 a+
Nombre de jours de gel (min < 0°C) 28 46 a-
Nombre de jours d'hiver (max < 0°C) 2 7 n
Nombre de jours d'été (max >= 25°C) 27 28 n
Nombre de jours de forte chaleur (max >= 30°C) 2 4 n
Humidité relative moyenne de l’air (%) 77 80 e-
Tension de vapeur moyenne (hPa) 10,4 10,6 n
Total des précipitations (mm) 814,9 852,4 n
Nombre de jours de précipitations mesurables (<= 0,1 mm) 187 199 n
Nombre de jours avec des précipitations en tout ou en partie de neige 11 19 n
Nombre de jours d’orages dans le pays 83 95 n

 

² Cf. le tableau 2 pour la définition des termes statistiques.

 

Tableau 2. Définition du degré d'anormalité d’un paramètre climatologique, exprimé en périodes de retour moyennes, d’après les valeurs observées entre 1981 et 2010.

Code Degrés d'anormalité Phénomène égalé ou dépassé en moyenne une fois tous les
n normal -
a anormal 6 ans
ta très anormal 10 ans
e exceptionnel 30 ans
te très exceptionnel 100 ans
 

Bilan saisonnier

L’hiver ³ 2011 (décembre 2010 à février 2011 ; voir figure 3) a été caractérisé à Uccle par un déficit très anormal de la durée d’ensoleillement. Au mois de décembre, le nombre de jours avec précipitations neigeuses 4 a été remarquable. On a observé à Uccle 21 jours neigeux (normale : 4 j.) ; c’est un record depuis 1901, année où l’on a commencé à relever régulièrement ce paramètre. Le précédent record datait de 1950, avec 15 jours de précipitations neigeuses.

 

³ Il s’agit ici de l’hiver climatologique 2011, la période de trois mois consécutifs entre décembre 2010 et février 2011.


 4 Le nombre de jours avec précipitations neigeuses est calculé en comptabilisant le nombre de jours où l’on a observé des précipitations sous forme de neige, uniquement sous cette forme ou seulement en partie.

 

Figure 3. Evolution des températures et des quantités de précipitations journalières à Uccle au cours de l’hiver 2011 (décembre 2010 à février 2011).

Le printemps 2011 (mars à mai ; voir figure 4) a été particulièrement remarquable. A Uccle, les températures ont été très exceptionnellement élevées ; la température moyenne a atteint 12,2°C (normale : 10,1°C), soit 0,1°C de moins que le record de 2007. La durée d’insolation saisonnière fut également très exceptionnellement élevée. Elle atteignit 707 h 16 minutes d’ensoleillement, ce qui est un nouveau record depuis le début des relevés en 1887, largement au-dessus de la normale qui s’élève à 463 h 58 minutes. Le précédent record datait de 1893, avec une durée d’insolation de 651 h 46 min.

Sur l’ensemble de la saison printanière, les précipitations ont été particulièrement déficitaires, aussi bien pour la quantité que pour le nombre de jours avec précipitations 5 . Pour le cumul des précipitations, ce fut le troisième printemps le plus sec à Bruxelles-Uccle depuis 1833 ; il n’est tombé que 70,7 mm en 27 jours (normales : 187,8 mm en 49 j.). Il n’est devancé que par le printemps 1893, où l’on avait recueilli 37,6 mm en 24 jours, et celui de 1976 où la quantité d’eau avait atteint 69,0 mm en 35 jours. Notons encore que c’est le printemps 1890 qui a connu la fréquence de jours avec précipitations la plus basse, puisqu’il n’avait plu que 23 jours (mais le cumul des précipitations printanières avait atteint cette année-là 197,1 mm). Le déficit pluviométrique printanier a été généralisé dans tout le pays ; les cumuls de précipitations y ont varié de 35 mm à 110 mm et tous les déficits observés correspondent à des périodes de retour moyennes supérieures à 20 ans.

 

5  Le nombre de jours avec précipitations est calculé en comptabilisant le nombre de jours où l’on a relevé au pluviomètre une quantité de précipitations d’au moins 0,1 mm (on parle plus précisément du nombre de jours avec précipitations « mesurables »).

 

Figure 4. Evolution des températures et des quantités de précipitations journalières à Uccle au cours du printemps 2011 (mars à mai).

L’été 2011 (juin à août ; voir figure 5) a connu à Uccle un nombre très exceptionnellement élevé de jours avec précipitations ; on y a enregistré 61 jours pluvieux (normale : 44 j.). Cette valeur n’est cependant pas la plus élevée depuis que l’on mesure ce paramètre ; le record date de l’été 1890, lorsqu’on avait enregistré 68 jours avec précipitations ; ensuite on en releva 67 jours en 1977, 65 jours en 1916 et 1980… La fréquence élevée de jours pluvieux est corrélée avec une valeur très anormalement élevée de la quantité d’eau recueillie sur l’été : 317,2 mm ont été mesurés à Uccle (normale : 224,6 mm). Des orages, parfois localement violents, furent observés comme chaque année. Ils furent à l’origine d’inondations à répétition dans la région de Orp-Jauche dans le Brabant wallon, et surtout, le 18 août, de la catastrophe au festival Pukkelpop, près de Hasselt dans le Limbourg (5 morts).
La fréquence élevée de jours pluvieux explique que la durée d’insolation fut anormalement déficitaire sur l’ensemble de l’été, avec un ensoleillement de 465 h 40 min (normale : 578 h 20 min). Ces conditions expliquent également que la température moyenne estivale resta inférieure à la normale ; elle s’éleva à 16,7°C, pour une normale de 17,5°C.
Pour terminer, remarquons, en comparant les valeurs des paramètres climatologiques du mois d’août 2011 avec celles du mois d’août 2010, que ces deux mois d’août successifs furent très similaires

 

Figure 5. Evolution des températures et des quantités de précipitations journalières à Uccle au cours de l’été 2011 (juin à août).

L’automne 2011 (septembre à novembre ; voir figure 6) fut à l’opposé de l’été. A Uccle, le nombre de jours avec précipitations fut très exceptionnellement faible, n’atteignant qu’une valeur de 37 jours (normale : 51 j.). Comme corollaire, on observa un déficit anormalement faible des précipitations ; on releva un cumul saisonnier de 140,4 mm (normale : 219,9 mm). En particulier, en novembre, le total des précipitations fut le plus faible jamais enregistré depuis le début des observations à Bruxelles-Uccle en 1833 ; on releva 8,5 mm au pluviomètre (normale : 76,4 mm). Le précédent record datait de 1893, avec un cumul mensuel de 11,0 mm.
L’excès d’ensoleillement fut également remarquable, avec un total de 450 h 02 min de soleil (normale : 322 h 00 min), ce qui en fait le 5e automne le plus ensoleillé depuis 1887. On reste cependant loin derrière l’automne 1959, le plus ensoleillé, avec 547 h 58 min. Enfin, l’automne fut également exceptionnellement chaud, avec une température moyenne de 12,4 °C (normale : 10,9 °C). C’est le deuxième automne le plus chaud depuis 1833, loin derrière la valeur record de 13,9°C atteinte en 2006, et juste devant les automnes 2005 et 2009 lorsque la température moyenne s’éleva à 12,3°C. Comme on peut le voir sur la figure 6, la période entre la fin septembre et le début octobre fut particulièrement douce, avec des températures moyennes dignes de l’été.

 

Figure 6. Evolution des températures et des quantités de précipitations journalières à Uccle au cours de l’automne 2011 (septembre à novembre).

En décembre, l’année s’est terminée en douceur et avec d’abondantes précipitations. La deuxième décade de décembre a été la plus arrosée depuis 1901, avec 96 ,1 mm relevés au pluviomètre ; le précédent record datait de 1952, avec 95,1 mm. Sur le mois, le nombre de jours d’orages dans le pays atteignit également une valeur record : 11 jours (normale : 3 j.).

Comme pour les températures mensuelles de la figure 1, les courbes en rose sur les figures 7 à 9 donnent respectivement les valeurs mensuelles observées en 2011 pour la durée d’insolation, le total des précipitations et le nombre de jours de précipitations. Les figures reprennent également les normales mensuelles sur la période 1981-2010 (courbes en rouge), ainsi que les valeurs mensuelles extrêmes observées à Bruxelles-Uccle depuis le début des observations. (1833 pour les précipitations et 1887 pour la durée d’insolation).

En conclusion, on retiendra principalement que l’année 2011, malgré un été relativement frais, a détrôné l’année 2007 en établissant à Uccle un nouveau record de température moyenne annuelle. On retiendra également un printemps très exceptionnel par sa durée d’insolation et l’ampleur de la sécheresse qui toucha le pays, les orages dévastateurs en été à l’origine de la catastrophe du festival Pukkelpop dans le Limbourg, une période particulièrement douce fin septembre-début octobre, un déficit record de précipitations en novembre et un nombre record d’orages dans le pays en décembre.

 

Figure 7. Durées mensuelles d'insolation à Uccle (en heures).

Figure 8. Quantités mensuelles de précipitations à Uccle (en mm).

Figure 9. Nombres mensuels de jours avec précipitations mesurables à Uccle (en jours).