Les orages de fin mai

La seconde moitié du mois de mai et la première décade du mois de juin ont été marqués par de fréquents épisodes orageux sur notre pays. Ceux-ci ont parfois donné lieu à des pluies abondantes ou à de la grêle.

Ces orages résultaient des principaux facteurs suivants:
-instabilité de la masse d'air: contraste entre l'air chaud en surface et l'air plus froid en altitude;
-humidité;
-"amorces" de soulèvement de l'air (relief, zones de convergence, etc.);
-vent faible: conduisant alors à des averses quasi-stationnaires et affectant dès lors une même zone pendant une longue durée.

Voir aussi notre "zoom sur" du 22 mai.

 

Mais il est pertinent de se demander pourquoi de telles conditions se sont maintenues si longtemps sur nos régions.

Un élément important constitue certainement la présence de zones anticycloniques persistantes sur le nord de l'Europe, de la Scandinavie au Nord Atlantique. Il s'agit de ce que l'on appelle une situation de "blocking"; dans une telle configuration, la circulation océanique d'ouest est interrompue sur l'Europe Occidentale et remplacée par des courants plus continentaux (composante dominante de secteur est). Les perturbations atlantiques sont quant à elles déviées vers le sud de l'Europe (Péninsule Ibérique, Méditerranée), d'une part, et vers le nord de la Scandinavie, d'autre part. Le centre et l'ouest de l'Europe se sont alors retrouvés dans une zone au sein de laquelle la variation spatiale de la pression atmosphérique était souvent faible ("marais barométrique") et comportait donc peu de flux. La masse d'air humide, chaud et instable, siège de foyers orageux, a donc pu se maintenir sur nos régions.
Les figures suivantes montrent l'anomalie de pression calculée par le modèle global de prévisions numériques du Centre Européen (modèle ECMWF) sur des périodes de 7 jours, du 14 mai au 10 juin. La zone en rouge représente des valeurs de pression plus élevées que la normale, indiquant clairement la présence récurrente de zones de haute pression de la Scandinavie au sud de l'Islande.

 
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La persistance de telles zones de haute pression en surface est généralement associé à des "ondes d'altitude", sortes de "méandres" de circulation dans la haute troposphère (à plus de 6000 m d'altitude), de grande longueur d'onde, ne se déplaçant alors que très lentement et conduisant à des anticyclones quasi-stationnaires.

Durant cette période orageuse, le flux en altitude était par ailleurs caractérisé par deux principaux couloirs de vent: une "branche nord", circulant à la limite de la région polaire (à environ 70° de latitude nord), avec les "méandres" de grande longueur d'onde susmentionnés, et la "branche sud" circulant le long des latitudes plus méridionales (autour de 45° de latitude nord). Cette scission du flux d'ouest en 2 branches "nord" et "sud" pourrait constituer une structure propice au confinement et à l'amplification de "méandres" de grande longueur d'onde [ Coumou et al. 2014, Quasi-resonant circulation regimes and hemispheric synchronization of extreme weather in boreal summer, Proceedings of the National Academy of Sciences, 11 (34), 12331-12336] et donc d'anticyclones persistants ("blocking"). Par ailleurs, certaines études évoquent un lien possible entre un ralentissement du flux d'altitude et le réchauffement climatique, plus marqué sur l'océan arctique (en raison de la tendance au recul des glaces) qu'aux latitudes plus basses [ Jennifer A Francis and Stephen J Vavrus 2015, Evidence for a wavier jet stream in response to rapid Arctic warming, Environmental Research Letters, 10 (1), 014005], même si ce lien ne fait pas l'unanimité parmi les experts [Barnes, E. A. (2013), Revisiting the evidence linking Arctic amplification to extreme weather in midlatitudes, Geophysical Research. Letters, 40 (17), 4728–4733]. Il y a lieu de tenir compte aussi d'autres facteurs d'influence éventuels liés à la variabilité interne et naturelle de l'atmosphère.

 

La figure suivante montre la circulation en altitude (à environ 9000 m) au-dessus de l'Europe et du Nord Atlantique le 6 juin à 12h00 TU, faisant clairement apparaître la division caractéristique en deux branches sinueuses du flux, ainsi que la zone intermédiaire de faibles courants sur nos régions.