La Belgique est à nouveau concernée par un panache de sable en provenance du Sahara, quelques jours seulement après un premier épisode observé la semaine dernière. Ces intrusions de poussières désertiques ne sont plus exceptionnelles : depuis plusieurs années, elles se manifestent régulièrement à cette période, portées par des courants atmosphériques favorables.
Des instruments de pointe pour observer le ciel

Pour détecter et analyser ces panaches, l’Institut Royal Météorologique (IRM) s’appuie sur des instruments de haute technologie installés à Uccle et à Zeebrugge. Il s’agit de ceilomètres de nouvelle génération.
Traditionnellement utilisés pour mesurer la hauteur des nuages, ces appareils vont aujourd’hui bien plus loin. Ils sont capables d’analyser la nature des particules présentes dans l’atmosphère, qu’il s’agisse d’aérosols (comme les poussières désertiques) ou d’hydrométéores (gouttelettes d’eau, cristaux de glace, précipitations).
Comment fonctionne la détection ?
Le principe repose sur une technologie laser. Le ceilomètre émet une impulsion vers le ciel et capte la lumière renvoyée par les particules en suspension. En étudiant la modification des propriétés de cette lumière — un phénomène appelé dépolarisation — les scientifiques peuvent distinguer différents types de particules.
Cette technique permet notamment :
- d’identifier les poussières désertiques et de les différencier des nuages ;
- de déterminer le type de précipitations (pluie, neige ou mélange des deux) ;
- de suivre l’évolution verticale des couches de particules dans l’atmosphère.
Un algorithme pour un suivi en temps réel
Afin de transformer ces mesures complexes en informations claires et exploitables, l’IRM a développé un algorithme spécifique. Celui-ci assure un suivi en temps réel des panaches et propose une visualisation précise des différents types de particules présents dans l’atmosphère.


Images du LIDAR d’Uccle et de Zeebrugge du 06/03/2026. En vert, il s'agit des aérosols ambiants (habituels). En rose : un mélange d'aérosols ambiants avec un peu de sable et en jaune, le sable qui est l'aérosol dominant. Le panache de sable est donc situé entre 1500 et 4000m d'altitude.

Image satellite d’EUMETSAT du 05/03/2026 à 9h30 sur laquelle le panache principal est situé sur le sud-est de la France et en Méditerranée, celui-ci est associé à une couverture nuageuse qui présente une structure granulaire au lever du soleil typique des couvertures nuageuses contenant du sable.

Modélisation par SILAM (CAMS) du 05/03/2026 pour le 07/03/2026 du panache de sable à 3000m d'altitude.
Cette capacité d’analyse rapide et fiable constitue un atout majeur, tant pour la recherche scientifique que pour les applications opérationnelles.
Des enjeux concrets pour l’aviation et la qualité de l’air
La surveillance des aérosols revêt une importance particulière pour plusieurs secteurs. En aviation, par exemple, la détection rapide de cendres volcaniques est essentielle pour la sécurité des vols.
Lors d’épisodes de sable saharien, les poussières se situent généralement en altitude. Toutefois, il arrive qu’une partie d’entre elles descende vers les basses couches de l’atmosphère, pouvant alors influencer la qualité de l’air. Cette surveillance relève de IRCELINE, qui a accès aux analyses produites par l’algorithme de l’IRM afin d’être informée avec précision de la nature des épisodes d’aérosols.
Qu’en est-il pour l’épisode actuel ?
Contrairement à certains épisodes marquants observés ces dernières années, le panache actuel ne devrait pas s’accompagner de précipitations chargées de sable susceptibles de laisser des dépôts visibles sur les voitures ou autres surfaces extérieures.
Néanmoins, même en l’absence de pluie, un léger voile de poussière reste possible en raison d’un phénomène de déposition sèche. Ce type de dépôt, plus discret, peut légèrement ternir les surfaces exposées.
Cet épisode se distingue également par sa durée inhabituelle. Les intrusions de poussières sahariennes au-dessus de la Belgique durent généralement un à deux jours, parfois sous forme de vagues successives. Cette fois, la présence de poussières désertiques dans l’atmosphère devrait se maintenir au moins jusqu’à mardi.
Grâce à son réseau d’instruments et à ses outils d’analyse avancés, l’IRM continue d’assurer une surveillance étroite de ces phénomènes atmosphériques, contribuant ainsi à une meilleure compréhension de leur évolution et de leurs impacts en Belgique.